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Conseil 08 août, 2026

Loi de Finances 2027 au Maroc : les grandes orientations et ce qu’elles changent pour les entreprises

Le 5 août 2026, le Chef du gouvernement a diffusé la circulaire n° 12/2026 relative à la préparation du projet de loi de finances (PLF) 2027. Ce document de vingt-huit pages fixe le cadre budgétaire adressé aux départements ministériels et aux établissements publics, qui ont jusqu’au 31 août 2026 pour transmettre leurs propositions. Pour les dirigeants d’entreprise, cette note d’orientation est un signal avancé : elle indique où l’État compte investir, comment il entend prélever ses recettes et sur quels leviers il resserre la dépense.

Un cadrage placé sous le signe de la continuité

Le calendrier confère à cet exercice une portée particulière. Les élections législatives du 23 septembre 2026 se tiendront quelques jours après la clôture des arbitrages : l’équipe sortante fixe donc les plafonds d’un budget qu’une autre majorité pourrait avoir la charge d’exécuter. Le message central est celui de la continuité — poursuite des grands chantiers, maintien de la trajectoire des réformes, absence de rupture. Pour les acteurs économiques, cela réduit l’incertitude à court terme : les orientations structurantes ne devraient pas être remises en cause quelle que soit l’issue du scrutin.

Les quatre priorités du PLF 2027

La circulaire, en conformité avec les Hautes Orientations Royales, structure le budget autour de quatre priorités :

  • Consolider les acquis économiques pour conforter la place du Maroc parmi les nations émergentes ;
  • Accélérer la territorialisation et le rattrapage des écarts sociaux et spatiaux, selon une approche de développement territorial intégré ;
  • Renforcer les piliers de l’État social (aide sociale directe, couverture maladie, réformes en cours) ;
  • Poursuivre les réformes structurelles tout en préservant les équilibres des finances publiques.

Une trajectoire budgétaire de rigueur maîtrisée

Le PLF 2027 érige la souveraineté financière en priorité nationale : financer les politiques publiques sans recourir à des sources exceptionnelles de financement, tout en maintenant une forte dynamique d’investissement public.

Indicateur 2025 2026 (prév.) 2027 (cible)
Croissance du PIB 5,3 % 4,1 %
Déficit budgétaire (% PIB) 3,5 % ≈ 3,5 % 3,0 %
Dette publique (% PIB) 66 % 65 %
Recettes ordinaires nettes 424,2 Mds DH

Le déficit doit revenir à 3 % du PIB en 2027 et la dette publique se stabiliser autour de 65 % du PIB, avec une trajectoire baissière visant environ 63 % à l’horizon 2029. Le ralentissement de la croissance (de 5,3 % en 2026 à 4,1 % en 2027) s’explique surtout par l’extinction de l’effet de base agricole exceptionnel de 2026 ; la dynamique reposera davantage sur les activités non agricoles (+4,2 % attendus). L’environnement des affaires restera porteur, mais dans un cadre où l’État surveille étroitement ses marges de manœuvre.

Fiscalité : stabilité de la pression, mais vigilance accrue

C’est le point le plus important pour les entreprises. La réforme fiscale, portée par la loi-cadre n° 69.19, est désormais considérée comme achevée : la circulaire n’annonce pas de nouveau bouleversement des taux. Le volet fiscal du PLF 2027 repose sur trois axes explicites, « sans hausse de la pression fiscale » :

  • l’élargissement de l’assiette (intégration d’une part plus large de l’activité dans le champ de l’impôt) ;
  • la rationalisation des avantages fiscaux (revue des incitations et exonérations) ;
  • le renforcement de la lutte contre la fraude.

Le message aux dirigeants est double. D’une part, la stabilité des taux offre de la visibilité pour planifier investissements et prix. D’autre part, l’accent mis sur l’assiette et le contrôle signifie que la conformité fiscale deviendra plus exigeante. Les recettes ordinaires sont passées de 256,2 milliards de dirhams en 2021 à 424,2 milliards en 2025 (+168 milliards, soit +13,5 % par an en moyenne) : l’État a démontré sa capacité à mobiliser la recette sans relever les taux, essentiellement par l’élargissement de la base et l’amélioration du recouvrement. Cette tendance se poursuivra.

Commande publique : des seuils relevés, une opportunité pour les PME

La réforme des marchés publics contient une mesure très concrète pour les fournisseurs de l’État. Le plafond des bons de commande est relevé de 500 000 à 800 000 dirhams, et celui de la procédure allégée — dispensée de certificats de références — de 1 à 1,5 million de dirhams. Pour les TPE et PME, cela élargit l’accès à la commande publique par des procédures simplifiées et plus rapides.

En parallèle, la circulaire privilégie les modes alternatifs de règlement des différends (médiation, arbitrage) dans les contrats administratifs et insiste sur l’exécution des décisions de justice — un signal favorable pour la sécurité juridique des prestataires. Elle demande aussi d’accélérer la régularisation foncière des terrains destinés aux nouveaux projets d’investissement, ce qui peut débloquer des chantiers jusque-là gelés.

Investissement public : où se situeront les opportunités

Malgré la rigueur affichée, l’investissement public est explicitement préservé. La priorité va aux projets issus des Hautes Orientations Royales, des conventions signées devant le Roi et des accords conclus avec les bailleurs internationaux. La liste des grands chantiers dessine la carte des opportunités sectorielles :

  • ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech (430 km) et réseaux express régionaux dans trois régions ;
  • stratégie aéroportuaire visant 80 millions de passagers en 2030 et flotte Royal Air Maroc portée à 200 appareils ;
  • ports de Nador West Med et de Dakhla Atlantique ;
  • sécurité hydrique : capacité de dessalement portée à 1,7 milliard de m³ et stockage de 22 milliards de m³ à horizon 2030 ;
  • préparation de la Coupe du monde 2030, présentée comme un accélérateur des projets structurants ;
  • programmes de développement territorial intégré de nouvelle génération, chiffrés à environ 210 milliards de dirhams sur huit ans.

Les régions verront par ailleurs leurs transferts portés à au moins 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027, renforçant le rôle des collectivités territoriales comme donneuses d’ordre. Pour les entreprises du BTP, de l’ingénierie, de la logistique, de l’eau, de l’énergie et des services associés, ces chantiers constituent le principal gisement de croissance de la commande publique.

Discipline sur le fonctionnement : un effet indirect à anticiper

La circulaire reconduit une série de consignes de rationalisation : limitation des recrutements, maîtrise des dépenses ordinaires, encadrement des achats, des locations de véhicules et de bâtiments, des déplacements, des réceptions et des colloques, au nom d’une « charte d’exemplarité de l’administration ». Pour les fournisseurs de l’État sur ces postes (événementiel, mobilité, hôtellerie, équipements de bureau), cela peut se traduire par une contraction de certains marchés : mieux vaut redéployer son offre vers l’investissement et les services à forte valeur ajoutée.

Ce que les dirigeants devraient anticiper

En synthèse, le PLF 2027 combine stabilité fiscale, discipline budgétaire et maintien de l’investissement. Pour préparer l’exercice, les dirigeants ont intérêt à :

  • sécuriser leur conformité fiscale (documentation, facturation, régimes appliqués) avant le renforcement des contrôles ;
  • se positionner sur la commande publique en tirant parti des nouveaux seuils de bons de commande et de la procédure allégée ;
  • cibler les filières d’investissement prioritaires (infrastructures, eau, énergie, Mondial 2030, projets territoriaux) et nouer des partenariats avec les collectivités ;
  • réévaluer leur dépendance aux marchés de fonctionnement de l’État, susceptibles d’être comprimés.

La note de cadrage n’est qu’une première étape : le texte définitif du PLF 2027, avec ses mesures fiscales précises, sera présenté au Parlement à l’automne. Ikeygo Consulting accompagne les dirigeants dans l’anticipation de ces évolutions et le pilotage de leur stratégie fiscale et d’investissement.